Nous voilà arrivé dans un des milieux parmi les plus beaux de la Méditerranée.
Dans les pages qui suivent, nous allons nous promener au milieu de cette communauté coralligène, toute en couleurs, composée essentiellement de gorgones et y rencontrer toutes sortes d'animaux.
Non, les gorgones ne sont pas des arbustes en fleurs! Ce sont des colonies d'une multitude d'animaux interconnectés. La partie commune d'une colonie est composée d'un axe central qui ramifie de façon irrégulière. Ces ramifications sont généralement dans un seul plan et perpendiculaires au courant. Elles forment ainsi de véritables filets de pêche constitués de milliers de polypes.
Les gorgones, sont les animaux qui représentent le mieux les fonds coralligènes de la Méditerranée. Elles y forment de magnifiques décors utilisés par tous les photographes sous-marins. Il existe une vingtaine d'espèces en Méditerranée. La plupart d'entre elles vivent sur le plateau continental où sur sa pente. Un plongeur pourra facilement rencontrer cinq d'entre elles : La gorgone rouge, La gorgone jaune, La gorgone orange, la gorgone blanche et la gorgone verruqueuse.
Entre 30 et 50 mètres de profondeur, les rayons du soleil ont perdu leurs couleurs les plus chaudes. Tout baigne dans une dominante bleue. Pourtant ici, au milieu des gorgones, tout n'est que couleurs.
Et sous la lumière d'une bonne lampe de plongée les anthias réussissent à créer un extraordinaire effet d'aquarium tropical.
Tapis derrière des gorgones un Saint Pierre s'apprête à fondre sur sa proie. Il se nourrit de petits poissons, de seiches et de crustacés qu'il chasse à l'affût.
Il doit son nom à un pécheur du lac de Tibériade nommé Simon. Ce dernier est plus connu sous le nom de Pierre, premier évêque de la chrétienté. La légende veut que Simon le pécheur aurait laissé sur chaque flanc l'empreinte de ses pouces (la tache sombre entourée d'une auréole).
Plusieurs variantes courent au sujet de l'origine du nom:
- Tout d'abord, Simon se serait montré ingrat envers Jésus. Et ce poisson serait devenu pour des siècles et des siècles, le témoin de cette ingratitude.
- La seconde légende dit que Simon après l'avoir pris dans ses filets fut horrifié à sa vue. Il se serait empressé de le rejeter à l'eau après l'avoir pris entre ses doigts. L'empreinte du pouce se serait alors perpétuée de génération en génération. Il est vrai que le Saint Pierre avec ses longues épines dorsales, ses yeux globuleux et une bouche énorme n'est pas très beau. Un vrai Quasimodo des mers !
- La troisième variante vient directement de l'évangile selon Saint Mathieu. En effet afin de payer un tribu (droit de passage) Jésus dit à Simon: Va à la mer, jette l'hameçon et tire le premier poisson qui viendra; ouvres lui la bouche, et tu trouveras un statère (monnaie)'. On dit que cette pièce , qui correspondait au droit de passage de deux personnes, ne fut jamais donnée au trésor romain mais gardée précieusement. Mais le poisson a t-il été rejeté à l'eau ou la prise fut-elle si belle qu'elle a servi de festin pour tout le monde? Il est vrai qu'un Saint Pierre peut dépasser les 20 kgs!
- Et là, j'en arrive à la dernière variante qui prêtant que Simon-Pierre aurait désigné ce poisson comme étant excellent. L'ayant touché de son index, le poisson en conserva la marque.
- Enfant, j'en avais peur. Il est vrai que, quand je chassais avec ma foëne, ou cherchais des coquillages en apnée, j'en rencontrais fréquemment. De nos jours on ne les voit guère au voisinage de la surface.
- Adolescent, elles m'impressionnaient. Alors que je faisais mes premières explorations, je voyais de gros spécimens sortir sans hésiter de leurs trous et tourner autour de moi. C'est maintenant dans les eaux très profondes que l'on peut assister à ce genre de spectacle. Victime d'une chasse et d'une pèche effrénée, la murène a bien failli disparaître de nos côtes.
- De nos jours, avec ses magnifiques motifs dorés sur sa peau, la murène est devenue un des poissons favoris des plongeurs de Méditerranée.
Certaines espèces utilisent les gorgones comme support. Parmi les espèces mobiles, la plus courante (pour nous plongeur) est sans doute la petite rascasse rouge.
On la rencontre souvent posée et immobile sur les branches des gorgones. Bien camouflée, elle est vraisemblablement en train de chasser à l’affût.
Voici un second exemple d'espèces mobile qui utilise la gorgone comme support: le gorgonocéphale. C’est un échinoderme photophobe (Il n'aime pas du tout la lumière), si bien qu'il ne se rencontre qu'en grande profondeur.
Le gorgonocéphale pêche. En effet, il déploie l'ensemble de ses bras au milieu du courant pour attraper de petits animaux planctoniques. C'est une des raisons pour lesquelles on le trouve souvent accroché aux gorgones. Ces dernières, étant positionnées perpendiculairement au courant, sont un support idéal.
Son nom viendrait de la mythologie grecque. En effet sa forme lui donne l'aspect d'une chevelure vivante exactement comme les cheveux de "Méduse" qui sont des serpents (Méduse étant encore appelée "la Gorgone" ). D’où ce nom "Gorgonocéphale" qui se traduit par "Tête de gorgone".
Parfois on peut trouver des vers tubicoles (comme par exemple des spirographes) fixés sur des gorgones.
C'est un exemple d'espèces opportunistes qui profitent ainsi de la position de la gorgone au milieu du courant. Mais contrairement aux précedentes elles s'y sont fixées. C'est une manière de récupérer facilement un maximum de nourriture.
Un autre exemple d'animal fixé est l'avicule hirondelle. Le meilleurs moyen de trouver ce bivalve est justement de regarder entre les branches des gorgones.
L'avicule hirondelle est facilement reconnaissable car sa coquille présente deux protubérances latérales inégalement développées.
Les gorgones sont parfois tellement recouvertes d'autres animaux qu'elles ressemblent parfois à des vrais arbres de Noël. En guise de décoration on y trouve principalement des Bryozoaires comme le Turbicellépore cornu ou la rose de mer (Photo ci-dessous).
Les Bryozoaires sont de tout petits animaux filtreurs qui forment des colonies (comme les gorgones). Leur aspect est très variable mais ils présentent généralement une forme encroûtante qui rappelle les mousses. D'où leur nom d'animaux mousse.
Certaines éponges de la famille des Dysidéidés sont souvent présentes sur les gorgones comme l'éponge épineuse blanche ou l'éponge mie de pain (Photo ci-dessous).
Les éponges sont des animaux filtreurs. Elles sont capables de faire circuler l'eau à l'intérieur de leurs corps afin d'y amener les microparticules dont elles se nourrissent.
Les gorgones sont aussi des supports idéaux pour certaines pontes. On peut d'ailleurs fréquemment y voir de grandes grappes blanches accrochées aux branches.
Ce sont des œufs de calamar. S'ils sont ainsi fixés sur des gorgones, c'est parce qu'à cet endroit ils pourront être ventilés par le courant.
C'est aussi sur les gorgones que les roussettes accrochent leurs œufs.
Il est d'ailleurs plus facile de voir leurs œufs que de rencontrer ces dernières.
D'autres espèces qui se rencontrent sur les gorgones ne veulent pas forcément du bien. Certaines d'entre elles, comme l'Alcyon (Alcyonium coralloides), les encroûtent en nécrosant leurs tissus.
Dès qu'une larve arrive à se fixer sur une gorgone elle s'y développe très vite et forme des colonies qui finissent par envahir entièrement la gorgone.
Très rare et relativement mal connu voici l'animal qui aurait la plus grande durée de vie de tous les animaux marins. En effet il pourrait vivre 2700 ans!
L'anémone buissonnante (Savalia savaglia) est vraiment une anémone de mer atypique. De premier abord elle fait vraiment penser à une gorgone. En fait, une larve s'implanterait sur une gorgone. Elle nécroserait chimiquement l'axe de cette dernière qu'elle coloniserait alors. Son implémentation serait à terme fatal pour la gorgone.
En introduction je disais que les gorgones étaient les vedettes du coralligène. Mais qu’est-ce que le coralligène ? C'est un fond dur créé par des organismes vivants et principalement par l'accumulation d'algues calcaires, en particulier des algues rouges.
Certains animaux participent aussi à sa construction (Bryozoaires, Cnidaires ...), d'autres y creusent des galeries (Éponges, vers). Cela fini par constituer un patchwork de micro-habitats favorables à la biodiversité. C'est ce qui en fait sa richesse ... et sa beauté...
A ces profondeurs tout va trop vite. On ne peut rester autant qu'on ne le souhaiterait. Nos montres sont là pour nous le rappeler. Il est grand temps pour nous de quitter la magie envoûtante de ce milieu et remonter faire ces damnés paliers de décompression.
Ici donc s'achève notre promenade au milieu des gorgones.
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